Texte de Janine Wiedmer – Ascension jeudi 10 mai 2018 en l’Eglise de langue allemande de Montreux

« A l’âge de 27 ans, je suis partie pour l’Afrique, au Rwanda, comme envoyée du Département missionnaire, pour enseigner dans une école secondaire de jeunes filles du pays.

 

Je l’ai fait dans l’idée d’apporter une petite contribution au développement d’un pays du Tiers-Monde, comme on disait à l’époque, par la formation des jeunes.

 

Durant les 4 années passées au Rwanda, j’ai vu ce qu’était la vie au ras du sol. Je ne l’ai pas vécue moi-même mais j’ai vu…

 

Peu après mon retour, j’ai pris conscience de ce que le développement des pays du Tiers-Monde était entravé par les pratiques économiques des pays occidentaux, qu’une grande partie de la solution était à rechercher dans nos propres pays. C’est là qu’il fallait agir.

 

C’est la raison pour laquelle j’ai adhéré à la Déclaration de Berne, qui s’appelle désormais « Public Eye », c’est-à-dire « Œil public ». Cette organisation mène des enquêtes approfondies sur les pratiques de nos grandes entreprises et de notre gouvernement dans ses relations avec les pays du sud.

 

Toujours dans cette préoccupation de justice économique et sociale, de lutte contre les inégalités, contre l’exploitation des autres, je me suis inscrite dans un parti politique. J’ai choisi celui dont la ligne m’apparaissait proche de l’enseignement de la Bible. Dès l’Ancien Testament, il est en effet demandé de prendre soin de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger, soit des plus faibles dans la société.

 

Depuis lors, mes engagements, mes activités sont restés sur ces deux axes : la recherche de plus d’égalité et le souci du plus faible. Et mon rêve, mon désir, est de continuer à avancer dans cette voie – dans la foi en Jésus le Christ et avec son soutien – jusqu’à la fin de mes jours. »

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Culte de l’Ascension, à l’Eglise allemande de Montreux, Fil rouge du témoignage du pdt de l’Association Coup de Pouce, à Clarens-

 

Mes lointains ancêtres étaient des Huguenots ayant fui la France à la fin du 16ème siècle lors de persécutions dont ils étaient l’objet en raison de leur appartenance confessionnelle.

 

Au fil des siècles leurs descendants, grâce à leur labeur incessant, un profond respect de leurs voisins, une grande loyauté aux institutions locales, conservant leurs convictions profondes et une foi inébranlable, se sont intégrés et  ont participé à la construction  d’une société  paisible et généreuse de notre pays garantissant l’Avenir de l’Helvétie.  

 

C’est dans un petit village du Jorat où l’entraide était naturelle que j’ai vu le jour il y a près de septante ans. Je suis resté l’unique enfant d’une famille humble et heureuse dans laquelle les valeurs dont je viens de parler et l’Amour du prochain étaient des sentiments bien ancrés.

 

Dès ma majorité civile, impliqué dans la vie publique, politique et sociale  de ma région, j’ai eu le privilège de servir mes pairs dans la fonction publique vaudoise en tant qu’inspecteur de police judiciaire durant près de quarante ans.

 

Dans  cette activité professionnelle intense et trépidante, il m’est arrivé de côtoyer en Suisse et à l’étranger, les hommes les plus puissants ainsi que les plus défavorisés de la Planète. Au contact de ces derniers, en particulier les laissés pour compte, les plus démunis, rejetés de toute part m’ont touché au plus profond du cœur. Ce constat m’a confirmé la nécessité  de leur venir en aide, quelque soit leur statut dans notre pays, leur couleur de peau et leur appartenance confessionnelle. L’idée de leur porter une reconnaissance, de les considérer comme mes enfants ou mes frères et sœurs dans la détresse, s’est imposée dans mon esprit. Il me paraissait essentiel qu’ils retrouvent une dignité et une confiance qu’ils n’auraient jamais dû perdre à cause de leur différence et de la précarité de leur condition.

 

Pendant longtemps, parallèlement à mes activités professionnelles, avec l’aide des miens, j’ai agi solitairement,  avec une efficacité moindre évidemment.

 

La retraite venue, tout naturellement, en tant que bénévole, j’ai rejoint les rangs du Collectif Précarité-Riviera, les Associations l‘Étape à Vevey, le Coup de Pouce à Clarens, lesquels collaborent à l’action d’autres mouvements sociaux caritatifs. Dans cette nouvelle activité, en dépit de difficultés de santé non négligeables, j’ai retrouvé la motivation qu’avaient mes aïeux et mes concitoyens joratois à savoir l’Acceptation inconditionnelle de l’autre.

 

Les mouvements de la Riviera accueillent chaque semaine les représentants de plus de 200 familles de notre région et leur servent équitablement des marchandises périssables leur assurant de la sorte un minimum vital essentiel pour beaucoup.

 

A mon avis, les ménages régionaux, dans la détresse, helvètes ou étrangers, sont bien plus nombreux que les 700  unités recensées.

La tâche à accomplir  est donc d’importance et il nous faut des ressources humaines, des moyens financiers et matériels en conséquence.

 

Les autorités locales ne sont pas insensibles au problème de la précarité de la population et collaborent activement à la recherche de solutions pour soutenir nos associations  dans lesquelles elles discernent aussi une action citoyenne propre à éviter que nos pauvres et leurs enfants en particulier ne trouvent des palliatifs à leur situation en tombant dans les milieux interlopes.  

 

Les Eglises et les Paroisses régionales qui ont été à l’origine de ces mouvements de solidarité ne sont pas à la traine et leurs ministres assurent une présence précieuse constante aussi bien auprès des bénévoles que des bénéficiaires.

 

A nom de l’Association Coup de Pouce à Clarens, dont j’assume la présidence, je tiens a vous remercier pour votre écoute et me réjouis de peut-être vous voir renforcer nos rangs.

 

Je ne saurais terminer sans vous lire un slogan qui m’est cher : « Brisons les Murs et érigeons des Ponts » ainsi qu’une phrase empruntée à Henry de Montherlant « on peut éprouver une telle joie à faire plaisir à quelqu’un qu’on ait envie de le remercier »

 

Clarens, le 10 mai 2018                                                        Jean-Jacques WUILLEMIN

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«I have a dream…» lorsqu’on entend cette phrase, on pense directement à Martin luther King. A tort je pense. Pourquoi ? Certes,  il a dit «I have a dream» lors d’un de ces grands discours deux jours avant son assassinat (dont on vient de fêter le 50ème anniversaire) pour exprimer son rêve d’une société non-ségrégationniste, mais la beauté de cette phrase réside dans le fait qu’elle est applicable à beaucoup d’entre nous, peut être même à chacun d’entre nous. Qui n’a pas de rêve ? Est ce qu’on peut vraiment avancer dans la vie sans rêve ?
(Du plus réaliste au plus idéaliste chaque rêve est une source d’espoir, d’espoir de changement pour une vie meilleure, pour un avenir meilleur)
Chaque grands changements ou grands progrès a pris ses racines dans le rêve d’un individu ou d’un groupe d’individus.
Alors je suis venu ici pour vous parler de mes rêves à moi, peut être au nom des rêves des jeunes de notre société et de notre époque.
Et bien alors quels sont mes rêves ?Premièrement,  je vais essayer de m’exprimer d’un point de vue général. Je rêve d’un monde où l’avenir n’est pas perçu comme une source d’anxiété mais d’espérance.
Un monde dans lequel le niveau de vie des générations futures seraient garanti et préservé ; ou les hommes cesseraient d’être en compétition permanente au profit d’une progression commune ; les uns avec les autres et non pas les uns contre les autres. Un monde où l’homme ne serait plus une menace pour la nature, la faune et  l’environnement, ou l’homme comprendrait qu’il est parti prenante de cette même nature dont il est issu, ou l’homme comprendrait enfin que s’il détruit la nature, il se détruit lui-même.
Je vais partir cet été en Haïti pour aider au développement d’une école alors je peux essayer de faire le lien entre cette expérience et mes rêves personnels.
Eh bien voilà je rêve d’un monde où chacun a la possibilité de développer son potentiel et a accès à un mode de vie descent, ou chacun part avec les mêmes possibilités de développement intellectuel et personnel. Ou chacun peut avoir l’espoir d’une vie digne de ce nom, digne de tout être humain, ou la survie laisserait place à la vie, à l’accomplissement de soi, aux plaisirs et possibilités auquelle chacun de nous ici avons, je crois, accès. Ou chaque potentiel quel qu’il soit puisse être exploité et mis au service de l’individu et d’une communauté. L’éducation c’est les racines du développement d’une société, d’une économie et de toute personne. Enfin je rêve donc d’un monde ou chacun peut apprendre, se développer et s’accomplir, ou chacun peut avoir la possibilité de devenir ce qu’il désire devenir et de sortir d’un quelconque statut de pauvreté qui l’emprisonne ; ou la vie de chaque individu est considérée à égalité : comme irremplaçable et importante.
Jean d’ Ormesson, le célèbre écrivain Français, mort il y a de cela quelques mois, disait «le moteur de l’histoire c’est le mal»
Alors je rêve d’un monde ou l’humain puisse réaliser que le fatalisme ne mène nul part et que chacun d’entre nous peut à sa manière contribuer au changement de ce moteur.
Merci!

Gaëtan Zinder

 

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Comment je me suis engagée dans mon association, la CAMIR (Coordination Asile-Migration Riviera).

 

J’ai toujours été ouverte à l’autre, proche de l’humain, ce qui m’a amené à choisir le métier de maîtresse enfantine. J’appréciais le contact avec les enfants, mais aussi avec les parents

 

Au moment de prendre ma retraite, J’avais atteint la limite d’âge qui était à l’époque de 57 ans et 35 ans de service, je me sentais trop jeune pour ne plus avoir de travail, je ne me voyais pas rester à la maison à ne rien faire.

 

Je voulais que ma vie ait du sens, je voulais me rendre utile, mais je ne voyais pas dans quel bénévolat existant m’engager. Ce fut une période plutôt de cauchemar que de rêve.

J’ai alors décidé d’attendre le moment d’être à la retraite, de faire confiance, il y aurait bien quelque chose pour moi à ce moment-là.

 

Mais les choses en ont été autrement.

 

Je ne m’y attendais pas, je commençais ma dernière année d’enseignement, je peux dire que c’est l’engagement qui m’a choisi.

 

Comme j’aime à le dire, c’est un clin Dieu que j’ai reçu.

 

Une amie m’a téléphoné pour me demander si j’étais d’accord de faire partie d’un groupe pour soutenir et aider une famille Kosovare à Vevey, qui allait être expulsée.

 

C’était la naissance de la coordination Asile sur la riviera, il y a bientôt 14 ans, à l’époque du problème des 523 pour ceux qui s’en rappellent.

 

J’ai accepté, et tout de suite je me suis sentie dans mon élément. J’étais en relation avec des enfants, des adultes, je pouvais utiliser mes compétences acquises par mon expérience de vie, par mon expérience d’enseignante, vivre en même temps mes valeurs chrétiennes :

accueillir l’étranger, être proche de celui qui souffre, être à l’écoute et aider.

 

Cet engagement avec les requérants d’asile, qui est devenu mon nouveau job, m’apporte beaucoup de joie. Quel bonheur et quelle satisfaction d’avoir pu répondre à un besoin précis,  d’avoir pu accompagner à un rdv, fait un téléphone, écrit une lettre,  et j’en passe. La vie des requérants  n’est pas facile, pour eux qui ne maîtrisent souvent pas le français.

 

Nos autorités suisses sont toujours plus dures avec eux, et malheureusement aussi dans beaucoup d’autres pays en Europe ! Rares sont ceux qui reçoivent l’asile, leur témoignage étant jugé invraisemblable alors que c’est leur vécu ! N’être pas cru est encore ce qui est le plus difficile pour eux à accepter ! Ils vivent dans l’angoisse d’un renvoi dans leur pays où ils craignent pour leur vie.

 

Ils sont reconnaissants d’avoir des personnes de confiance qu’ils peuvent appeler et qui peuvent les aider dans leurs difficultés.

 

Dieu a besoin de nos bras pour agir, je me sens portée et accompagnée dans mon engagement ! Il y a de temps en temps une porte qui s’ouvre, une lumière qui vient redonner espoir et courage. Les requérants et tous ceux qui travaillent et se mobilisent pour leur cause ont besoin de nos prières, de vos prières. Merci.

 

Danielle Mamin